Artisan de l'orientation sud-américaine prise depuis peu par le Racing, Didier Sénac s'envolera à nouveau ce jeudi soir en direction du Brésil, de l'Uruguay et de l'Argentine, trois pays où il aura l'occasion, au cours des dix-huit prochains jours, d'assister à une vingtaine de matchs. A quelques heures du départ, l'entraîneur adjoint et superviseur de choc du Racing se confie au micro de Patrick Valcke...
> Didier Sénac, vous êtes l'entraîneur adjoint du Racing club de Lens, et en plus, vous recrutez, vous allez voir beaucoup de matchs. Là, vous partez pour trois semaines en Amérique du Sud... Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Je pars exactement dix-huit jours en Amérique du Sud. Je fais le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. C'est plus un travail de prospection. J'ai eu des infos sur certains joueurs. On anticipe un peu sur ce qui peut arriver en fin de saison. On sait très bien qu'il y aura des départs... On a un bon réseau en Amérique du Sud. Et donc je vais passer huit jours au Brésil, quatre jours en Uruguay et quatre jours en Argentine. Pour voir des joueurs, voir des matchs. Là bas, ça joue tous les deux jours. Donc, je vais voir une vingtaine de match en trois semaines. C'est bien.
> Pendant un moment, le Racing Club de Lens a beaucoup recruté en Afrique. On s'aperçoit depuis l'arrivée d'Hilton, de Jussié, de Rodriguez, l'Uruguayen, que beaucoup de joueurs arrivent aujourd'hui d'Amérique du Sud. C'est un effet de mode ? Il y a de bons joueurs là bas ?
C'est vrai qu'on ne pensait pas du tout à l'Amérique du Sud, et je pense que c'était un manque. Surtout que concernant l'Afrique, il ne faut pas oublier qu'il y a la CAN tous les deux ans. Une équipe comme Saint Étienne est amputée de pas mal de joueurs. Il faut être vigilant là-dessus, et peut être ralentir le recrutement de joueurs africains car on ne peut pas se permettre de perdre un championnat ou passer à coté du championnat parce qu'aux mois de janvier, février, on perd six ou sept joueurs. Il faut faire attention à ça. Je ne dis pas qu'il ne faut plus d'Africains : il en faut encore mais pas trop. Il faut un juste milieu, et les joueurs d'Amérique du Sud sont des joueurs talentueux, des joueurs techniques qui apportent un peu de folie, de la bonne humeur dans un vestiaire, dans un groupe, et puis ils ont du talent sur un terrain. Donc, un panaché de joueurs africains, de sud-américains et de joueurs européens, ce serait, je crois, une bonne formule.
> Didier, dites-moi, sans divulguer les noms des gens qui vous renseignent, votre réseau sud-américain, ce sont des joueurs avec qui vous avez joué par le passé ?
C'est vrai que j'ai eu la chance de jouer longtemps, que nombre de joueurs avec qui j'ai joué sont désormais devenus entraîneurs, agent de joueurs, agent sportif ou président dans un club. Je reste en relation avec eux. On s'appelle régulièrement, et dès qu'il y a un bon joueur qui est en train d'éclore, je viens le voir. C'est un peu comme ça que se font les réseaux. J'ai eu la chance de jouer longtemps au plus haut niveau. J'ai un réseau en Amérique du Sud, en Afrique, dans les pays nordiques, les pays de l'Est, partout... Ca me permet d'avoir un bon fichier, un bon réseau et d'être, peut être, un peu en avance sur certains clubs.
> Concrètement, quand vous arrivez sur place, vous avez carte blanche de la part des dirigeants, du Président, de Francis Collado ?... Avez-vous un chèque en blanc ?
Non, pas vraiment. Je n'ai pas carte blanche... J'ai les cartes blanches au niveau de ce que je vois, et je pense avoir un ½il pour dire si un joueur est bon ou pas. Après, ce n'est pas moi qui ai le chéquier. On a un directeur financier qui regarde, et quand il me dit : « Non, ce joueur est trop cher. On ne pourra pas le faire venir. », alors, je pars sur un joueur, non pas de deuxième zone, mais un joueur un petit peu moins bon mais moins cher aussi. C'est en fonction aussi du budget. Il y a une enveloppe pour un attaquant, pour un milieu de terrain, pour un défenseur, pour un gardien... Je n'ai pas carte blanche. Je viens avec des noms de joueurs. Je donne les prix, et on me dit si c'est trop cher, faisable ou non. Après on essaie de trouver le juste milieu.
> Si ma mémoire est bonne, un joueur comme Fred, qui évolue à l'Olympique Lyonnais, c'est un joueur que vous aviez sur vos tablettes ?... Après, ça ne s'est pas fait à cause de l'argent ?
Fred, je l'avais vu, il y a deux ans et demi. Il jouait à Cruzeiro avec Jussiê. C'était Fred qui jouait en pointe. Jussiê tournait autour de lui. J'avais signalé ces deux joueurs. Fred était le buteur, et Jussiê l'animateur, le dribbleur et le passeur. Il avait d'ailleurs été le meilleur passeur du championnat. Jussiê avait fait marquer, je crois, 25 buts à Fred. Il avait 13 ou 14 buts. Les deux formaient une paire très intéressante. Fred, c'était hors de prix. Tous les clubs européens étaient sur lui. C'est pourquoi ça n'a pu se faire. Jussiê était à un coût moindre. Il était plus jeune aussi. Il avait vingt ans à l'époque. On voulait Fred. On a fait venir Jussiê, et l'on n'est pas mécontent. On essaiera de faire venir d'autres joueurs, un peu comme ça. Je pense que Jussiê, c'était un bon coup. Il est jeune. Il est arrivé au Mercato. Il a eu six mois pour se mettre dans le coup. Je crois qu'il a complètement digéré son adaptation : le football européen, le froid, et puis ça va sûrement plus vite qu'au Brésil. Je crois qu'il est bien dedans à 22 ans.
> Puisque vous connaissez bien les Sud-américains, dites nous quand Rodriguez sera opérationnel ?
Alors Rodriguez... Le problème avec Guillermo, c'est qu'il a fini le championnat en décembre. Il s'est entraîné avec l'équipe nationale mais il n'a pas beaucoup joué donc, au jour d'aujourd'hui, il manque un peu de compétition. Mais on va organiser des matchs amicaux, le faire bosser à l'entraînement, et le faire venir l'après midi pour qu'il soit au point d'ici dix à quinze jours.
> Il pourra être opérationnel contre Lyon ?
Pourquoi pas contre Lyon. C'est un match où il y aura beaucoup de Sud-américains, des Brésiliens, des Uruguayens. C'est un joueur qui a 21 ans mais qui est mature dans son jeu.
Il est passé par toutes les sélections de jeunes ! Il a été champion du monde avec les 19 ans. Il rentre dans l'équipe nationale A. C'est un défenseur central, et il peut jouer latéral gauche. Il a un super tempérament ! C'est un gagneur, un compétiteur. Dès qu'il sera prêt, on va pouvoir l'observer durant trois ou quatre mois pour voir si on lève l'option en fin de saison.
> Didier, on vous souhaite bon voyage ! Rassurez-nous : ce sont biens les joueurs de foot sud-américains que vous allez voir pas les Sud-américaines ?
Non (ndlr. sourire)... Je vais bien voir les joueurs sud-américains, même si les Sud-américaines sont très jolies